Arrêtons ce suicide collectif au
Liban
Un
appel lance aux docteurs Georges Corm, Damianos Kattar, Elias Saba, Jihad
Azour, Marwan Iskandar, Nassib Ghobril, Kamal Hamdan, et Louis Hobeika afin qu’ils acceptent de faire partie d’un
Conseil des Sages.
Cette
instance serait chargée d’indiquer, au peuple Libanais la juste voie a
emprunter, pour rebâtir le pays sur des bases solides et nouvelles a la fois, en
dehors de toute considération politique déterminée, fut-elle d’inspiration
locale ou étrangère.
Messieurs Dames,
Apres de longues considérations et
tergiversations je me suis décidé a faire appel a votre jugement afin que vous
vous prononciez sur ce que je considère être un suicide collectif au Liban.
C’est en pleine connaissance de cause
que j’emploie, délibérément et d’emblée, de tels termes, en vue d’attirer l’attention
des lecteurs aux dangers mortels auxquels notre Nation est exposée a l’heure présente.
Outre les menaces sécuritaires qui
proviennent de l’intérieur autant que de l’extérieur, notre pays fait face a un
défi majeur, j’entends par la l’accroissement irrésistible et incontrôlé de la
Dette Nationale. Le problème est si sérieux que j’irai jusqu'à dire que
l’avenir même du Liban est a présent dans la balance.
Je laisse aux lecteurs le soin de
juger, a la fin de ce rapport, si j’ai raison ou non de parler ainsi. Je
m’adresse tout particulièrement aux économistes réputés que j’ai cites
ci-dessus afin qu’ils soient a la fois juges et témoins de mes déclarations.
Ceux qui liront ces lignes seraient, a juste titre, enclins a me demander : si le danger est si grand comment se fait-il qu’il
n’ait pas été dénoncé plus tôt?
Permettez-moi de remarquer que chacun
des experts que j’ai nomme a attire, a un moment donne ou l’autre, durant les
deux décades écoulées, l’attention des Autorités sur le danger et les conséquences
de l’accroissement de la Dette Publique. Pourquoi aucune initiative sérieuse
n’a été prise pour résoudre le problème restera au passif de tous les
gouvernements qui se sont succédés au Liban depuis l’année 1993 a ce jour.
Pour justifier ces déclarations qui
risqueraient d’être jugées intempestives par certains je joints a ce rapport un
nombre d’états et de graphiques qui décrivent les mouvements de la Dette
Publique au Liban depuis le début de sa croissance en 1993 jusqu’a ce jour.
Ceci en ce qui concerne le passe. J’inclus, en outre, une vision de ce que
pourrait être l’avenir a court, moyen, et long terme si certaines décisions
importantes pour le pays dans son ensemble venaient a être endossées.
Le scenario A envisage le statu quo,
c’est a dire l’absence de toutes reformes et le maintien des politiques antérieures,
Dans ce cas, comme pourrait le constater le lecteur, la dette publique risque d’atteindre,
vingt ans plus tard en 2032, la somme astronomique de $184 milliards de dollars
soit plus de quatre cent pour cent d’un GDP estime a $45 milliards de dollars a
cette époque. Il serait utile d’ajouter que ces sommets risquent d’être
atteints même si l’Etat devait consacrer, aux fins de repayer partiellement la
dette, l’ensemble des revenus anticipes du pétrole et du gaz durant les années
2023 a 2032, soit cent milliards de dollars.
Le scenario B prévoit, par contre,
l’introduction et la mise en application de deux reformes essentielles, L’une
de ces reformes devrait prendre place au niveau du service de la dette et
concernerait les détenteurs des effets de cette dette. Il est envisage que des
discussions qui seraient engagées par les Autorités avec leurs créanciers, a
67% Libanais, devraient amener tous les créanciers a consentir a baisser les
taux du service de cette dette de deux pour cent par an en moyenne. Les économies
qui pourraient ainsi être réalisées durant les deux décades suivantes
s’élèveraient a $114 milliards de dollars
.
L’autre reforme consisterait en
l’adoption urgente d’un nombre d’initiatives décrites dans une annexe au
rapport lesquelles seraient susceptibles d’accroitre les revenus de l’Etat et
d’éliminer les gaspillages qui se sont poursuivis sans interruption durant les
vingt dernières années et dans la plupart des secteurs de l’Administration
publique. Ces reformes budgétaires permettraient d’économiser $72 milliards de
dollars au courant des vingt prochaines années.
Je voudrais, a ce stade, souligner qu’aucune
de ces deux reformes ne pourrait séparément résoudre le problème. Si l’on veut
qu’elles portent fruit, il faudrait qu’elles soient conjointement engagées et exécutées.
En conclusion, il apparait de notre étude
que les Autorités Libanaises sont tenues de prendre, a l’heure présente et a la
lumière de ces rapports, certaines décisions cruciales pour l’avenir économique
et social de ce pays. La mauvaise décision, outre le fait d’amener les
institutions vers la faillite, pourrait mettre en danger la cohésion interne et
provoquer des désordres graves dans un pays déjà fortement divise. La bonne décision,
par contre, permettrait aux Autorités et aux citoyens de s’unir dans un commun
effort en vue de stabiliser l’économie et la rendre plus équitable. Ceci
demanderait naturellement un nombre de sacrifices que les plus nantis, et en
particulier les créanciers de la dette publique qui sont a 67% Libanais et les
propriétaires de biens fonds, devraient accepter d’assumer en faveur de la
classe moyenne et des déshérités.
A ceux qui seraient tentes d’arguer du
fait que le moment présent et, particulièrement, la crise politique que nous
traversons ne sont pas favorables a la prise de telles décisions, je répondrais
par une allégorie. Si un individu qui souffre d’un accès de grippe habite une région
ou sévit le cholera, le médecin qu’il consulterait ne recommanderait-il pas de
commencer par soigner la grippe afin de renforcer l’immunité générale du corps
au cholera ? De même si l’existence du Liban est menacée a la fois par le désordre
de son économie, les inégalités sociales et par les révolutions en chaines dans
la région, n’est-il pas plus prudent d’assainir le climat économique et social
afin de renforcer la cohésion interne face aux dangers extérieurs ?
Permettez-moi de conclure par une
question que je poserais aux lecteurs. Nous cherchons tous a présent, un Président
fort pour guider le pays dans la voie de la reforme. Entendons-nous, par ce
terme, l’épaisseur de ses muscles ou la taille de son kalachnikov ?
Dans la conjoncture actuelle j’estime que la force d’un tel Président ne pourrait être issue que de sa capacité a convaincre, l’ensemble des forces politiques du pays de la justesse de sa vision et de son raisonnement. Le problème du traitement de la dette est, en tous points, majeur. Notre futur Président devrait être élu pour convaincre les Libanais, tous les Libanais, de la necessite de reverser la tendance actuelle, en vue de proceder a la résolution de ce problème.



